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Quand la BD est censurée

Parce qu’il a une actualité à nous faire partager et surtout parce qu’il vient de vivre une histoire aussi surprenante qu’édifiante, qui a interpellé plus d’un d’auteur chez 30jours et ailleurs sur le net, nous avons interviewé Piratesourcil fin février.

Flash-back. Nous sommes en novembre 2011 et Piratesourcil publie sur son blog une « histoire de petite culotte à l’école », planche mettant en scène des enfants dans la cour d’une école. Une fillette propose aux garçons de son âge de montrer sa culotte pour 3€. Un prof intervient alors en seplaignant que les enfants n’ont aucun sens moral et aucune valeur de l’argent… et précise (en refermant sa braguette) que lui a dû payer 10€ !

Certains pourront éventuellement reprocher à l’auteur son mauvais goût (certains humoristes ont eu le même genre de problèmes), mais il leur faudrait une sacrée dose de mauvaise foi pour y voir là du contenu pédophile. C’est pourtant ce qu’il s’est passé, un lecteur ayant porté plainte sur le portail PHAROS du gouvernement, site de «signalement de contenu illicite sur internet ».

Deux jours plus tard Piratesourcil recevait ce mail :

« La diffusion de votre BD est passible de l’article 227-23 du Code pénal « Diffusion et mise à disposition d’images à caractère pédopornographique. »  Notre demande initiale était dans un butpréventif. Nous sommes un service judiciaire spécialisé dans les contenus illicites sur internet(portail de signalement: internet-signalement.gouv.fr) et nous sommes à même de qualifier une infraction. Cette BD en constitue une (même si elle ne laisse « qu’imaginer »). Nous vous prions de retirer cette Bd dans l’heure. Si celle-ci est toujours présente, une enquête judiciaire sera ouverte. »


Ça doit surprendre non ?

Ha ça ! Au début j’ai même pensé que c’était une blague… mais après un bref échange, j’ai compris que c’était sérieux et que je n’avais pas vraiment la possibilité d’argumenter. Alors j’ai censuré.

Chacun est libre d’interpréter comme il veut les faits, mais on pourra s’étonner de la réactivité à prononcer une telle sentence pour une affaire qui semble aussi « mineure » (j’espère que le service judiciaire me pardonnera ce jeu de mot), surtout quand on sait avec quelle facilité il est malheureusement possible d’accéder à du vrai contenu pédopornographique sur le net.

Oui… Surtout vu les proportions que ça prend par la suite !

Justement, on peut supposer que le fait que tu censures la fin (cliquez sur l’image pour y accéder) au lieu de supprimer simplement la planche les a agacé ?

Je ne sais pas. En tout cas je n’ai plus entendu parler d’eux pendant plusieurs mois… jusque mi-février. Et là tout à coup 6 policiers débarquent chez moi avec un mandat !

Ils viennent pour t’arrêter ?

Non, ils prennent juste mon matériel informatique. Ordinateur de bureau, portable, disque dur externe. Et ils me convoquent au commissariat immédiatement.

Et là ça se passe comment ? Tu te présentes à l’accueil « Bonjour, je suis convoqué » et on t’amène dans un bureau ?

Je me présente à l’accueil en expliquant que je suis convoqué. Un type  très froid me prend en charge et m’amène dans un bureau. Il élève la voix pour essayer de me mettre mal à l’aise …  Ensuite quelqu’un de plus calme arrive pour m’auditionner.

C’est amusant de voir que le vieux coup du duo gentil flic / méchant flic est une valeur sûre ! Ensuite, ils prennent ta déposition ?

Oui. Le « méchant » flic essaye de me mettre la pression en me disant qu’ils sont en train dedisséquer les disques durs et qu’ils m’enverront en garde à vue s’ils trouvent un fichier illégal. Ce qui m’a plutôt amusé, parce que je savais pertinemment qu’il n’y avait rien à trouver dans mon ordi, que je n’avais rien à me reprocher. Ils poursuivent en me demandant si j’ai des attirances pour les enfants, si je regarde des choses « glauques ». Puis après viennent les questions plus sobres : depuis combien de temps je dessine, ce que je fais sur mon blog etc…

Et donc tu as pu pour la première fois argumenter et dire que tu ne comprenais vraiment pas pourquoi on te reprochait ce dessin ?

Oui. Je n’ai pas parlé de droit d’expression et de censure parce que juridiquement je n’y connais rien, mais j’ai bien sur insisté sur le fait que je trouvais ça excessif ! Ils me disent qu’on peut retrouver ce genre de blague sur des réseaux pédophiles, où des personnes éprouvent du plaisir à lire ce genre d’histoire. Je précise que dans ce cas là je ne dessine plus rien ! Une grand-mère ? Ha non, ça pourrait exciter les gérontophiles ! Un renard ? Ça va attirer les zoophiles !

Et ils ont répondu quoi à ça ? Ils ont été compréhensifs ? Ils ont essayé de t’expliquer leur démarche clairement ?

Chacun répète la même chose sans vraiment s’entendre ni se comprendre. Mais ils ont été professionnels, et m’ont expliqué qu’ils étaient obligés d’intervenir à partir du moment où la demande venait du procureur.  Je voyais bien qu’ils se rendaient compte qu’ils perdaient leur temps avec moi.

Et cette déposition a durée longtemps ?

Oui ! 3 ou 4 heures.

Et vu qu’ils n’ont bien évidemment rien contre toi ils te laissent repartir à la fin de la journée ?

Ils me demandent de supprimer 4 autres histoires, me disent qu’ils gardent encore mon matériel pour finir de tout vérifier. Je me plains parce que c’est mon outil de travail. Ils me répondent que ce n’est pas leur priorité, que si une affaire plus importante arrive j’attendrai.

Et les autres histoires parlent aussi de pédophilie ?

Oui, ce sont des blagues sur le même sujet, c’est la seule chose qu’ils cherchaient. Au final, j’ai quand même pu récupérer mon matériel le lendemain.

Et quand ils te rendent ton ordi et qu’ils comprennent qu’ils se sont quand même bien plantés, ils s’excusent ?

Ha ha ha !! Ils m’ont fait savoir que je serai surveillé. En gros, ils ont tellement aimé mon blog qu’ils reviendront !

Vois le bon côté des choses, ça te fera des lecteurs en plus !

Voilà. Enfin bon, on en rigole, mais j’avais quand même un gros dossier chez eux, ils s’étaient bien renseignés.

Ils ne t’ont pas demandé un petit dessin ?

Ha ha ! Non.

Bon, tu dois être soulagé maintenant, tu envisages la suite sereinement ?

Je n’ai jamais rien eu à me reprocher donc j’ai toujours été serein. Mais il y a de quoi devenir un peu parano quand même !

Et dans ta vie personnelle ça a créé des problèmes ? A ton boulot ?

Non, heureusement j’étais commercial dans la même boite depuis plusieurs années et mes collègues me connaissent et suivent ce que je fais, je ne me suis jamais caché ! Dans l’ensemble ça a fait rire tout le monde. C’est tellement absurde.

Tu étais commercial ? C’est quoi ton nouveau métier ?

Dessinateur ! Voici un mini scoop : depuis quelques jours je suis sur une BD qui en principe sortira  au mois de Novembre… Je mets toute mon énergie pour que cette BD soit évidemment la meilleure du monde (au moins tout ça). Et en parallèle un 2eme album Piratesourcil (le best  of du blog) devrait sortir vers septembre.

C’est tout le mal qu’on te souhaite ! Et cette histoire ne les a pas dérangés ?

Pour ma future maison d’édition ? On en a discuté un peu… Ils m’ont juste dit de ne pas trop enparler !  Il ne faudrait pas se mettre une mauvaise une étiquette du blogueur qui fait des blagues à l’humour noir sur des sujets limites.  Certes, 5 histoires de ce genre ont été censurées… mais il faut se rappeler qu’il y en a plus d’une centaine histoires sur ce blog ! Car oui, Piratesourcil ne fait pas que des blagues pédophiles !! Si si, je vous assure ! Venez vérifier par vous-même sur http://piratesourcil.blogspot.com ! (attention, pub subliminale)


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17 Commentaires

  1. Je ne comprends pas pourquoi tout le monde hurle à la censure. Eh oh, les mecs, ce n’est pas parce que c’est de la BD que ça ne doit pas suivre les mêmes lois que tout le monde, hein ! BD ne veut pas dire « youhou je suis libre », et la liberté d’expression n’est pas une pauvre excuse pour « pouvoir dire tout ce qu’on veut ». Elle a des limites. On ne peut pas parler de liberté d’expression quand on veut exprimer des idées racistes, par exemple.
    Alors oui, cette histoire est allée beaucoup trop loin : une simple censure aurait suffi.
    Mais oui, je comprends la personne ayant reporté PirateSourcil aux flics : si j’allais m’écrier dans la rue, « tiens, je me taperais bien une gamine de quatre ou cinq ans, elles sont parfaites à cet âge, haha lol », combien de personnes appelleraient les flics, même si c’est une « blague » ? Et me sortez pas le sempiternel « si t’aimes pas, va pas voir ». Comment être au courant du contenu sans aller voir ?
    Bref.
    L’humour noir, d’accord, on trouve ça drôle, bla bla bla. Je trouve ça drôle également. L’humour basé sur le viol de petites filles ? Ca me donne envie de vomir. Sur le viol en général, d’ailleurs. Vous n’avez pas été violés, tant mieux, mais essayez de comprendre ce que ça peut faire, mince.

  2. Je me demande si Wuillemin, Gotlib, Edika…. ont eu le même genre de soucis avec leurs histoires aussi noires à l’époque.
    On vit dans une drôle d’époque où j’ai l’impression qu’il vaut mieux être dans le moule, sinon on se fait directement « couper » tout ce qui dépasse….
    La censure dans une république….. A quand le retour des Goulags….?
    Vraiment lamentable cette hitoire qui t’es arrivé.

    Mais bon, tu as su rebondir et passer à autre chose. C’est cool. ;)

  3. L’humour noir te fait rire, l’humour sur le viol vomir? Faudra revoir ta définition d’humour noir.
    Bien sur ça reste une catégorie large et forcement, suivant son passif, certains thème peuvent faire mal. Rire de quelque chose sert aussi à pouvoir en parler. En en faisant un mega tabou, certaines victime n’osent pas se plaindre. On en rie aussi parce que ce n’est pas normal, pour contrer le malaise. Qu’on en rie ou qu’on s’en offusque, j’aurai peur quand on passera sur ce genre d’histoire sans réaction.
    Quand une phrase bizarre est balancé en dehors d’un contexte, ça fait toujours un flottement, si on ne sait pas si la personne rigole, on se sait pas trop comment réagir mais la on est sur un blog d’humour, on sait que c’est une blague.
    Et je ne pense pas que le pédophile va crier ses attirances obscènes au milieu de la rue, mon premier réflexe ne sera pas d’appeler les flics.
    Les autres implications, c’est de ne plus pouvoir rien dire sans devoir se demander comment cela pourrai être mal interprété. On sort du cadre de la bd, mais combien de débats sont pourri à cause d’un seul Troll?

  4. Pour répondre à Anon : On peut tout à fait exprimer des idées racistes ! Il ne faut pas confondre l’expression des idées et l’incitation à des actes ! L’exemple le plus récent qui me vient, c’est « le Palmashow » où des personnages sont ouvertement racistes, il y a même un sketch où la pédophilie est suggérée… Ca n’a rien à voir avec de l’incitation au racisme ou à la pédophilie. Et que je sache PirateSourcil n’a jamais prétendu que c’était bien de coucher avec un mineur, ni même qu’on vivait mieux en violant qui que ce soit ! D’ailleurs si j’en crois cette interview, il a été perquisitionné pour voir s’il faisait partie d’un réseau où on peut trouver de telles allusions, pas parce qu’il était accusé d’incitation !
    Il manque peut-être un vrai message d’avertissement à l’entrée du site.
    Ca ne va pas m’empêcher d’y retourner chaque fois et d’attendre chaque fois une chute plus surprenante et plus trash !!

  5. Avec toi même si j’exerce pour le ministère des entrailles !

  6. @Anon : ce n’est pas de l’humour sur le viol, elle était consentante…
    (j’apporte un seau).

    Moi je vomis plutôt sur cette outrageante procédure policière qui vise à impressionner, brimer et condamner un artiste qui n’avait rien à se reprocher.

  7. Ils ont voulu ta mort ah ah ah!
    Tuez tuez tuez les tous…

  8. Incroyable tout de même de constater qu’un auteur de bd faisant dans l’humour noir peut voir ses affaires intimes totalement mises à nues. Pour moi, y a là un sacré abus tout de même, même si je comprends qu’un procureur se doive de ne négliger aucune piste, il suffisait d’aller sur le blog et faire une simple enquête sur Pirate pour constater qu’il n’avait pas de lien avec le réseau pédophile…Enfin bon, j’suis pas flic mais à sa place, ça m’aurait un peu dégoûté.

  9. Pirate Sourcil est l’un des rares qui sachent faire (sou)rire avec un humour gore et sans fond.

    Parce que bon, c’est bien joli de dessiner du trash, mais si c’est juste pour le plaisir de faire dans le registre du subversif, non merci.
    L’humour noir, c’est quand même mieux quand ça dégage une certaine critique sur le monde. Si c’est juste pour dessiner du sang comme dans Happy three Firends, ça devient de la merde.

    Je crois que certains font de l’humour noir, pas parce que c’est utile, mais parce que ça fait couillu.

  10. Encore une fois, je suis dégoutée en repensant à cette histoire de censure. Surtout que ça en soit venu à une perquisition et un tel interrogatoire… J »espère qu’il n’aura plus de soucis avec eux, et que le blog a encore une longue vie devant lui. Heureusement qu’il n’y a pas que des personnes qui voient le mal partout. Son humour fait rire, mais c’est surtout grâce à sa capacité à tout (presque?) faire passer!
    Bravo, j’aime ce que tu fais et j’espère avoir un jour une dédicace sur la BD de mon étagère… :)

    Sinon, personne n’a parlé de ses projets papiers: Rah je suis trop heureuse, vivement la fin d’année que je m’achète ces 2 albums!

  11. C’est humiliant et insultant pour Piratesourcil d’avoir été soupçonné d’apologie de la pédophilie. J’espère au moins qu’il aura échappé à la fouille anale.
    Il faudrait aussi convoquer tous ceux qui ont ri à sa planche, ce sont sûrement des violeurs d’enfants. Et ça se trouve, ils mangent aussi leur caca tiens.

    Cette histoire est dingue et inadmissible dans le pays des droits de l’homme, pas étonnant que la France soit épinglée comme sous surveillance par RSF pour les libertés sur le net.

  12. @David.B
    En fait, vérifier que quelqu’un n’est pas pédophile suite à ça, même si ça paraît con, c’est nécessaire. On ne sait jamais. Au collège, une de mes amies a subi des tentatives de viol de la part de son père : personne ne s’en est douté jusqu’à ce qu’elle décide de briser le tabou, de fuguer et de porter plainte. Elle a été reniée par tout un côté de sa famille, et toute une partie du patelin qui refusait de croire que ce « brave homme » était pédophile. Et ce brave homme en question est depuis sorti de taule, et vit tranquillement avec sa femme, et ses deux autres petites filles…
    Bref, les pédophiles, violeurs en général, on ne peut pas vraiment savoir qui ils sont au premier coup d’oeil. Et vu la bonne bandes de tarés qui font n’importe quoi au grand jour, je trouve cette action normale : même en connaissant intimement quelqu’un, on ne peut pas le savoir, donc en ne le connaissant qu’au travers d’un blog, c’est encore moins sûr. C’est un principe de précaution qui fait bien chier, mais bon…moi, PirateSourcil, je ne le connais ni d’Eve ni d’Adam, je mate son blog. L’autre, j’allais de temps en temps manger chez lui et c’était un ami de mes parents. Voilà quoi.

  13. @Anon:
    Tu compares une histoire de viol à une bd, c’est disproportionné.
    Pour comparer ce qui est comparable. As tu lu ne serait ce qu’un Fluide Glaciale ?
    Ou encore lu un site de blagues qui comporte 2 ou 3 blagues limites ?
    Se sont ils faits censurés ? Soupçonnés de pédophilie ?
    Comme PirateSourcil le dit très bien dans l’interview, il y a plus d’une centaine d’histoires.
    Il en a suffit d’une, c’est pas un peu excessif ?
    Parler de principe de précaution ne justifie pas des actions sans intelligences et sans mesures. Et ici ils n’ont été ni mesurés, ni intelligents.

    Bonne continuation à PirateSourcil en te souhaitant le meilleur succès pour tes BD.

  14. Huhu! j’aime bien ces interviews, à quand une émission de tele Makaka sur l’actualité de la Bd numérique? je dirais même plus pouquoi pas une chaine de tele carrement!

  15. Eh ben moi qui fais de la BD, je pousse ce cri :  » youhou je suis libre !  »

    … Citons Desproges, un coup, tiens :

     » Pauvre petit censeur de joie… Tu sais ce qu’il te dit, Monsieur Hulot ? « 

  16. Le gag est raté, c’est idiot de prendre des risques avec le seul sujet sensible en France pour ce résultat-là.

  17. Difficile pour un créateur d’être confronté à ça. Tout un travail à refaire. Merci pour cette interview

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